Etats de choc
Auteur : Bernard Stiegler
Date de publication : 2012-02-01
Ăditeur : Fayard/Mille et une nuits
Nombre de pages : 360
Résumé du livre
Lâimpression que la dĂ©raison domine dĂ©sormais les hommes accable chacun dâentre nous. Que la rationalisation qui caractĂ©rise les sociĂ©tĂ©s industrielles conduise Ă la rĂ©gression de la raison (comme bĂȘtise ou comme folie), ce nâest pas une question nouvelle : Theodor Adorno et Max Horkheimer nous en avertissaient dĂ©jĂ en 1944 â au moment oĂč Karl Polanyi publiait La Grande Transformation.
Cette question a cependant Ă©tĂ© abandonnĂ©e, tandis quâau tournant des annĂ©es 1980, la rationalisation de toute activitĂ©, rapportĂ©e au seul critĂšre de la « performance », Ă©tait systĂ©matiquement et aveuglĂ©ment orchestrĂ©e par la « rĂ©volution conservatrice » â imposant le rĂšgne de la bĂȘtise et de lâincurie.
Tout en mettant en Ă©vidence les limites de la philosophie qui inspirait lâĂcole de Francfort, le post-structuralisme laisse aujourdâhui ses hĂ©ritiers dĂ©sarmĂ©s devant ce qui sâimpose comme une guerre Ă©conomique planĂ©taire et extrĂȘmement ravageuse.
Naomi Klein a soutenu que la thĂ©orie et la pratique ultralibĂ©rales inspirĂ©es de Milton Friedman reposaient sur une « stratĂ©gie du choc ». Lâ« Ă©tat de choc » permanent rĂšgne cependant depuis le dĂ©but de la rĂ©volution industrielle â et plus encore depuis le temps oĂč sâapplique ce que Joseph Schumpeter dĂ©crivit comme une « destruction crĂ©atrice », caractĂ©ristique du modĂšle consumĂ©riste.
Ă partir des annĂ©es 1980, sous lâimpulsion de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, lâĂ©tat de choc technologique a Ă©tĂ© suscitĂ© par un marketing planĂ©taire ne rencontrant plus aucune limite, imposant la prolĂ©tarisation gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et dĂ©truisant lâĂ©conomie libidinale : ainsi sâest installĂ© le capitalisme pulsionnel oĂč la destruction crĂ©atrice est devenue une destruction du monde.
LâĂ©tat de choc est ce que le post-structuralisme nâaura pas pensĂ©, principalement en raison de deux malentendus : 1. quant au sens de la prolĂ©tarisation (que Marx pense avant tout comme une perte de savoir induite par un choc machinique), 2. quant Ă la nature de lâĂ©conomie libidinale (au sein de laquelle Freud, Ă partir de 1920, distingue la libido de la pulsion).
Bernard Stiegler, philosophe, est notamment lâauteur de La Technique et le Temps, MĂ©crĂ©ance et discrĂ©dit, Prendre soin. De la jeunesse et des gĂ©nĂ©rations et Ce qui fait que la vie vaut la peine dâĂȘtre vĂ©cue. Depuis 2006, il dirige lâInstitut de recherche et dâinnovation (IRI) et prĂ©side lâassociation Ars Industrialis, Association internationale pour une politique industrielle des technologies de lâesprit.