Le Mythe de Saint Denis
Auteur : Jean-Marie LE GALL
Date de publication : 2014-06-09T00:00:00+02:00
Ăditeur : Champ Vallon
Nombre de pages : 540
Résumé du livre
Au temps des guerres dâItalie (1494-1559), lorsque les rois de France passaient les monts ou que lâennemi menaçait, le royaume Ă©tait placĂ© sous la protection de saint Denis. Qui est donc ce saint tutĂ©laire, parĂ© dâun si grand prestige et investi de tant de pouvoir? Auteur dâune Ćuvre philosophique qui sĂ©duisit les humanistes, on le disait AthĂ©nien, disciple de saint Paul. Il passait aussi pour lâĂ©vangĂ©lisateur des Gaules, le premier Ă©vĂȘque de Paris, oĂč il pĂ©rit martyrisĂ© Ă Montmartre, le mont des martyrs. Pourtant, aprĂšs 1571, la monarchie ne rend plus hommage au «patron du royaume de France» (Guichardin) et, le 25 juillet 1593, la conversion dâHenri IV dans lâabbatiale de Saint-Denis, «lieu de mĂ©moire» de la monarchie, lĂ oĂč reposent trois lignĂ©es de rois de France (MĂ©rovingiens, CapĂ©tiens, Valois), ne renoue pas le lien multisĂ©culaire entre les rois et Denis. Pourquoi une telle dĂ©shĂ©rence? Ce livre examine les raisons de ce dĂ©tachement entre la monarchie et le saint. Sans doute, la critique historique a-t-elle lĂ©zardĂ©, pour la plus grande gloire de la France moderne, lâĂ©difice de la lĂ©gende mĂ©diĂ©vale en distinguant trois Denis jusquâici confondus en un seul. Mais surtout, la lĂ©gende dionysienne embarrasse dĂ©sormais la monarchie absolue qui sâaffirme. Dâautant que les reliques du saint ont Ă©tĂ© mobilisĂ©es par les ligueurs contre Henri III, le «vilain Herodes», et Henri IV, «le BĂ©arnais»: la figure de saint Denis nourrit un autre absolu, un catholicisme intĂ©gral, hostile au protestantisme, comme Ă toute solution politique des guerres de Religion. Saint Denis fonde aussi une Ăglise hiĂ©rarchique, monopolisant le sacrĂ©, et porte ombrage Ă la lĂ©gende de Clovis, qui fonde la foi et la lĂ©gitimitĂ© millĂ©naire des rois. Ce livre analyse comment la couronne a occultĂ© le culte du saint dans la nĂ©cropole de Saint-Denis, par la captation systĂ©matique de lâinĂ©puisable sang de France, la cĂ©lĂ©bration de grandes pompes funĂšbres et lâinhumation de quelques grands capitaines au service du roi de guerre, comme Turenne. Mais ce panthĂ©on dynastique ne peut ĂȘtre panthĂ©on national. Lâimaginaire catholique de la Nation a dĂ» Ă©lire un autre lieu de mĂ©moire: Montmartre, oĂč fut réédifiĂ©e une abbaye au xviie siĂšcle et Ă©rigĂ© le SacrĂ©-CĆur au XIXe siĂšcle...