Résumé du livre
Robert Walser, promeneur solitaire, Ă©crivain en marge dans la retraite de ses mansardes : telle est lâimage que nous renvoie une lĂ©gende littĂ©raire opiniĂątre. Câest un autre aspect de Walser, encore mal connu, que ce livre veut mettre en Ă©vidence Ă travers lâensemble de lâĆuvre, y compris les « microgrammes » rĂ©cemment dĂ©cryptĂ©s : un Walser qui rĂ©agit en sismographe aux secousses et aux frĂ©missements de son temps, en hume lâair, en partage les engouements et les angoisses, en ausculte le langage, pour tout de suite reprendre ses distances et transformer les impulsions reçues en Ă©nergie cinĂ©tique pour sa plume dansante. Câest dâabord Cendrillon, figure marginale mais centrale Ă lâĂ©poque, qui conduit le bal. Puis le mouvement dansant entraĂźne le lecteur Ă travers une maladie du temps, la « nervositĂ© », rabote au passage le massif alpin et les mythes qui lâexaltent, gambade autour des monuments de Nietzsche et de Kleist. Partout Walser tend lâoreille Ă son temps, sans jamais sâen faire lâĂ©cho. Sa souverainetĂ© littĂ©raire et ludique prend ses aises dans le « feuilleton », ce genre marginal relĂ©guĂ© au « bas de page », mĂ©prisĂ© de la « grande littĂ©rature » mais trĂšs prisĂ© des lecteurs. Il peut sây jouer des contraintes, comme le danseur sây joue de la pesanteur. Il peut sây Ă©garer dans des discours labyrinthiques qui le rapprochent de Kafka ou de Benjamin, y exĂ©cuter, en dansant avec les mots, des enchaĂźnements hardis et inattendus. Toujours en mouvement, Walser a Ă©chappĂ© Ă son Ă©poque ; toujours en mouvement, il sĂ©duit la nĂŽtre : ce danseur ne vous lĂąche jamais, car jamais on nâarrive Ă le saisir.