Ni Franco, ni Staline !
Auteur : Edouard Sill
Date de publication : 2019
Éditeur : Non disponible
Nombre de pages : Non disponible
Résumé du livre
L'étude de l'engagement des volontaires étrangers en Espagne hors du cadre des Brigades Internationales fait étonnamment exception dans l'historiographie. Pourtant, les volontaires français des célèbres Brigades internationales, mises en place par le Komintern en octobre 1936 ont été l'objet de nombreux travaux où les autres formations internationales font office de figurantes. L'histoire des volontaires étrangers antifascistes non encadrés par les communistes souffre en effet de son assimilation avec les Brigades Internationales. Celles-ci ont effectivement longtemps été l'apanage des historiens communistes avant que certains travaux récents y apportent une lumière nouvelle, établie à partir des archives et des témoignages directs. De même, les travaux sur les volontaires étrangers en Espagne républicaine ne consacrent que quelques pages aux anarchistes et communistes dissidents européens, en les évoquant rapidement et en insistant, non sans raison, sur leur faible nombre. De plus, l'historiographie globale de la Guerre d'Espagne a toujours assimilé les Brigades Internationales à l'armée régulière de la République espagnole, et les milices et centuries issues des formations politiques et syndicales à des formations paramilitaires mineures, où le volontariat étranger ne présenterait pas d'intérêt au regard de ces formations déjà très spécifiques. Pourtant, les volontaires français qui ont rejoint les anarchistes de la Confederación Nacional del Trabajo (Confédération Nationale du Travail, CNT) ou les communistes non staliniens du Partido Obrero de Unificacion Marxista (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste, POUM) présentent un certain nombre de caractères particulièrement stimulants pour le sujet dans sa globalité. En s'appuyant notamment sur une documentation originale, il s'agit dans ce mémoire d'entreprendre une confrontation des différentes sources disponibles sur la question des volontaires français en Espagne pour tenter de dégager les caractéristiques de l'engagement de ces militants et miliciens révolutionnaires français. Il apparaissait intéressant de chercher à définir qui étaient ces volontaires marginaux, de comprendre quelles raisons ou quelles motivations avaient pu les conduire en Espagne, de tenter de dessiner une étude globale de ces engagements mais surtout d'obtenir un aperçu de la présence de la colonie française en marge des Brigades Internationales. Environ 500 volontaires français ont été au front dans les rangs de la CNT-FAI ou du POUM. De fait, les libertaires et la gauche révolutionnaire n'organisent pas de recrutement à la même échelle. Mais ces volontaires révolutionnaires ne sont pas seulement des combattants, il s'agit d'un engagement principalement militant : ils souhaitent tout d'abord participer à la société future qui émerge en Espagne. Un certain nombre d'entre eux partage leur temps entre les tranchées arides d'Aragon et l'activité militante à Barcelone, Puigcerdà ou en Aragon. Volontaires, ils le sont également en occupant un poste administratif contraignant dans un comité de caserne, de contrôle ou de propagande : ils se considèrent tout autant comme miliciens avec ou sans fusil. Il s'est agi dans ce travail de s'intéresser à la nature des contacts entre les organisations françaises et l'Espagne révolutionnaire et de comprendre ainsi comment on passe de la solidarité extérieure à l'intervention directe et au volontariat, et de tracer les réseaux et filières qui mènent vers l'Espagne. Une seconde partie de cette étude est consacrée à la vigueur et au dynamisme de la vie de la « colonie » française de Barcelone de l'été 1936 au début de l'année 1937 en s'arrêtant notamment sur les « miliciens administratifs ». La troisième partie est consacrée aux miliciens combattants sur le front d'Aragon en étudiant tout d'abord les départs et affectations des volontaires français parmi les autres étrangers puis une étude globale du parcours au front des différentes unités internationales du POUM et de la CNT. La quatrième et dernière partie traite de l'effondrement des groupes français spécifiques sous les coups conjugués de la militarisation des colonnes de miliciens, le coup d'arrêt porté aux perspectives révolutionnaires, des déchirements fratricides et enfin de la répression qui frappe plus particulièrement les volontaires étrangers.