Les latrines dans les provinces gauloises, germaniques et alpines
Auteur : Alain Bouet
Date de publication : 2022-01-26
Ăditeur : CNRS Ăditions via OpenEdition
Nombre de pages : 494
Résumé du livre
Les latrines romaines ont, dans notre imaginaire collectif, une place particuliĂšre. Les vestiges bien conservĂ©s des villes dâAfrique du Nord ou dâAsie Mineure laissent en effet entrevoir une Ă©poque pendant laquelle la pudeur telle quâon la conçoit actuellement nâexistait pas, oĂč le Romain nâhĂ©sitait pas Ă satisfaire ses besoins naturels devant son contemporain. Les chercheurs ont focalisĂ© leur attention principalement sur la belle architecture, les grands bĂątiments pouvant accueillir parfois plusieurs dizaines de personnes. Ces constructions ne forment pourtant quâune minoritĂ© des latrines antiques. Le dĂ©veloppement de lâarchĂ©ologie permet dĂ©sormais dâapprĂ©hender les amĂ©nagements les plus modestes et les plus frĂ©quents, dont les simples fosses, cuvelĂ©es ou non, creusĂ©es dans le sol. En prenant en compte tous les types de structures dâune rĂ©gion bien dĂ©terminĂ©e de lâEmpire romain â les provinces gauloises, germaniques et alpines â, cet ouvrage donne un aperçu, le plus complet possible, des lieux dâaisance et de leur utilisation. Câest une image diffĂ©rente de celle gĂ©nĂ©ralement admise qui apparait alors. Les amĂ©nagements sont, la plupart du temps, simples et rĂ©pondent Ă la stricte utilitĂ©. Les belles latrines sont rares et nâapparaissent que tardivement. Un certain nombre de dispositions permettent dâisoler ces lieux de lâextĂ©rieur ; les latrines apparaissent comme un monde clos, refermĂ© sur lui-mĂȘme. ParallĂšlement aux constructions, pour la premiĂšre fois, ce sont les structures mobiles qui sont considĂ©rĂ©es, tant sur le plan littĂ©raire quâarchĂ©ologique : la matella, lâurinoir masculin, le scaphium, lâurinoir fĂ©minin, le lasanum, le pot de chambre, mais Ă©galement lâamphore qui, en remploi, sert a rĂ©cupĂ©rer lâurine pour les activitĂ©s artisanales. La gestion des latrines au quotidien, leur financement, leur entretien sont Ă©tudiĂ©s. La circulation de lâeau usĂ©e, utilisĂ©e pour Ă©vacuer les dĂ©jections dans les Ă©gouts, est dĂ©crite tout comme celle de lâeau propre, servant autant au rinçage de lâĂ©ponge destinĂ©e Ă la propretĂ© intime, au lavage des mains quâau plaisir des yeux lorsquâelle sâĂ©coule Ă travers fontaines et bassins. Câest enfin lâattitude des usagers qui est analysĂ©e : les rĂšgles de biensĂ©ance de la sociĂ©tĂ© romaine ne sâappliquent pas dans cet espace particulier oĂč se cĂŽtoient des populations variĂ©es. Si la multiplication des latrines a peut-ĂȘtre rendu la ville ponctuellement plus propre, elle nâen Ă©tait pas pour autant plus hygiĂ©nique. Câest donc Ă une prĂ©occupation primaire de lâhomme de toutes les Ă©poques que cet ouvrage est consacrĂ© ; la gestion des dĂ©chets par les Romains rejoint ici lâune des prĂ©occupations de nos sociĂ©tĂ©s contemporaines.