Ma s ur aux yeux d'Asie

Ma s ur aux yeux d'Asie

Auteur : Michel Ragon

Date de publication : 2013-01-02

Éditeur : Albin Michel

Nombre de pages : 264

Résumé du livre

Revenu pour quelques jours dans la petite ville de mon enfance Fontenay-le-Comte, en Vendée, une lectrice me dit :
– J’ai connu autrefois une Odette Ragon que l’on appelait la Tonkinoise. Vous n’en parlez pas dans l’Accent de ma mĂšre. Elle n’était pas de votre famille ?
Odette m’était renvoyĂ©e brutalement et, en toute justice, en pleine figure, comme une gifle. Odette, la petite Cambodgienne que mon pĂšre, sous-off de la coloniale, avait ramenĂ©e d’Indochine et qui fut l’une des Ă©nigmes de mon enfance ; Odette, ma soeur aux yeux d’Asie.
Dans l’instant, je revis la bourrellerie de cousin Gaston oĂč nous nous Ă©tions retrouvĂ©s en juillet-aoĂ»t 1940, dans cette pĂ©riode floue entre l’armistice et l’occupation allemande institutionnalisĂ©e ; cet Ă©tĂ© 40 oĂč nous nous sommes sentis si proches, si dĂ©licieusement fraternels ; et oĂč nous avons dĂ©couvert, dans une vieille cantine noire, les lettres que notre pĂšre envoya de 1909 Ă  1922 du Tonkin, de la Cochinchine, du Cambodge.
Quelles dĂ©couvertes ! Cette demi-soeur (mais Ă©tait-elle la fille de mon pĂšre ou un enfant adoptĂ© comme on le disait dans la famille ?) et cette Indo-Chine ressuscitĂ©e des Chinois Ă  nattes, avec son goĂ»t trouble du pĂ©chĂ©, ses diableries, ses congaĂŻs qui s’achĂštent, la morbide torpeur des petits postes dans la brousse encerclĂ©s par des pirates invisibles, ses deux premiĂšres batailles de DiĂȘn BiĂȘn Phu ; et ce racisme d’un sous-off de la coloniale, cet impĂ©rialisme tranquille, Ă©talĂ©s sans complexe.
Je revoyais nos derniĂšres grandes vacances de l’étĂ© 40, avant l’interminable temps de guerre. Et notre affection trouble, Ă  la limite d’un amour pudique... Aristide-le-Cochinchinois, la terrible tante Victorine, l’Exposition coloniale de 1931, les invraisemblables manuels militaires trouvĂ©s aussi dans la vieille cantine noire, la boutique du bourrelier...
Je répondis sans trop réfléchir à tout ce que je devrais interroger :
– Odette ? Mais oui, c’était ma soeur. Je n’en ai pas parlĂ© parce que, pour elle aussi, je ferai un livre.
Le voici.

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