Fred
Auteur : Victor-Eugene Magdelaine, Jean-Paul Colin
Date de publication : 2017-05-04
Ăditeur : Editions Gunten
Nombre de pages : 276
Résumé du livre
On ouvre ce roman comme une porte derriĂšre laquelle on sait que lâon va dĂ©couvrir quelque chose de bien sinon de bienfaisant car dĂ©jĂ une musique nous parvient aux oreilles. Un ton dâautrefois vient se mesurer Ă celui dâaujourdâhui sans aucune honte ni discordance. Puis on fait la connaissance de Fred, hĂ©ros de ce roman, Ă©lĂšve de lâĂcole normale laĂŻque dâinstituteurs de Lons-le-Saulnier, sous la TroisiĂšme RĂ©publique. Avec lui, nous franchissons le seuil dâĂ©coles dans lesquelles lâaspect Ă©ducatif revĂȘtait un aspect religieux et militaire et oĂč « labeur et vertu sont prĂŽnĂ©e » aux dĂ©pens de valeurs et dâenseignements rĂ©els. Fred, esprit talentueux et libre va se battre de toute sa jeunesse contre les pouvoirs oppressants de ceux qui les dĂ©tiennent et dirigent. Il ne peut se contenter dâĂȘtre une petite lampe dans la rue du village, il veut aussi Ă©crire et « peupler des dĂ©serts », les siens en lâoccurrence. Il subit des tempĂȘtes dĂ©vastatrices apportĂ©es par le souffle dâun romantisme incorrigible et ravageur, qui, dĂ©pourvu de toute miĂšvrerie, lui fait vivre de vrais tourments, amoureux et professionnels. Il nous provoque le mĂȘme plaisir que celui ressenti par Jean-Paul Colin Ă renouer ce fil familial et (re)connaĂźtre ce grand-oncle, excellent Ă©crivain, Victor-EugĂšne Magdelaine qui, comme nul autre, escalade le temps avec lâagilitĂ© dâun chat, les toits. Et ne jamais oublier quâ« un nouveau livre est toujours une nouvelle lumiĂšre ! » Ils Ă©taient lĂ , de trente-cinq Ă quarante, dans une salle Ă©troite et longue, aux murs peints en vert et qui, malgrĂ© la lumiĂšre quâelle recevait en abondance, avait un aspect sĂ©vĂšre et triste. Ils Ă©taient lĂ , de trente-cinq Ă quarante jeunes gens, qui aspiraient Ă lâĂcole normale. CourbĂ©s sur de vieux pupitres en chĂȘne que le temps et lâusage avaient mordorĂ©s, on ne voyait que leurs dos et le dessus de leurs tĂȘtes : tĂȘtes aux chevelures de nuances variĂ©es ; dos puissants ou malingres. Et dans le silence on entendait le crissement des plumes, le frottement des semelles ferrĂ©es sur le parquet, des toux nerveuses, des soupirs de contentement ou de dĂ©sespoir. Ils commentaient la parole de Vauvenargues : « Les grandes pensĂ©es viennent du cĆur ». Ils Ă©crivaient, biffaient, ajoutaient, et les phrases se suivaient, boiteuses, incohĂ©rentes, insignifiantes, Ă©nigmatiques ; mais ce dĂ©bordement de phrases, cette multitude de mots allaient, couraient vers lâhorizon brumeux et lointain oĂč Ă©tait Ă©crit : « Les grandes pensĂ©es viennent du cĆur ». Assis au bureau, M. Rachel, professeur surveillant, lisait. Tandis que sa main gauche tournait les feuilles, sa dextre tortillait une barbe noire correctement taillĂ©e. Fred avait remarquĂ© quâil portait une bague oĂč rutilait un diamant, et son admiration dĂ©jĂ fort excitĂ©e nâeut plus de bornes lorsque, M. Rachel circulant dans la salle, il constata quâil laissait aprĂšs lui des effluves discrets dâhĂ©liotrope.